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La peste porcine arrive, ce n’est qu’une question de temps !

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L’état Bulgare organisait en décembre 2017, le tout premier  « cours de formation sur la surveillance des maladies de la faune sauvage » dans le but de clarifier le « rôle des chasseurs » dans la détection et la gestion des maladies de la faune.

Réunion organisée sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE) et le Conseil international pour la conservation du gibier et de la faune (CIC), en collaboration avec la la Fédération des associations pour la chasse et la conservation de l'UE (La FACE), et soutenu par la Commission européenne.

Le sujet principal étant la propagation ininterrompue de la peste porcine africaine en Europe !

 

La peste porcine Africaine (PPA),  cette maladie virale, généralement mortelle et qui affecte uniquement les espèces porcines de toutes races et âges. Elle apparait chez les cochons, les phacochères, les cochons sauvages et les sangliers Européens.

Cette maladie présente de manière endémique  dans certaines régions d'Afrique subsaharienne, avait été éradiquée avec succès du Portugal à l’Espagne en 1995, mais a persisté en Italie en région de Sardaigne (depuis 1978). De là, le virus de la peste porcine, dit ASFV, s’est propagé progressivement aux pays du Caucase et à la fédération de Russie (2007), la Biélorussie (2012) et l’Ukraine (2013) avant de revenir en Europe occidentale par les frontières de l’Est.

En janvier 2014, la Lituanie a fait la première notification de cas de PPA chez des sangliers, la Pologne a suivi en février 2014, la Lettonie en juin 2014, L’Estonie en 2015 (…) Des recherches récentes montrent un risque réel de propagation dans d’autres états membres, présentant les risques les plus élevés pour la Slovaquie et la Roumanie, suivis de la Finlande, de la République tchèque ( touchée en juin 2017) et de l'Allemagne, selon un communiqué de presse de la Face en avril 2017.

TIRER, TIRER N’ETAIT PAS LA SOLUTION.

En 2014, tous les experts scientifiques semblent être unanimes et concluent dans le sens du rapport spécial de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) que « la chasse drastique n'est pas un outil pour réduire les risques pour lutter contre l'introduction et la propagation du virus chez les populations de sangliers » celle-ci pouvant conduire au contraire à la dispersion des sangliers tout en considérant que « la priorité est l'endiguement de la maladie dans les zones infectées et la prévention de l'infection des porcs domestiques ».  

Le Conseiller juridique de la FACE, J.Svalby, présent au nom des chasseurs européens à une autre réunion de la direction générale de la santé et des consommateurs (SANCO), considérait alors que « le risque posé par le sanglier ne doit cependant pas être surestimé et ne doit pas entraîner de réactions exagérées dans les pays où le virus a été détecté où dans des pays indemnes » et d’emporter  alors la conclusion de la commission que « tirer, tirer, tirer n’est pas la solution ».

La Commission européenne considérant, par ailleurs, que le niveau de sensibilisation et de préparation des États membres est élevé et préconise la mise en place de mesures « régionalisées » conformément à la directive de l'UE sur la fièvre porcine africaine (directive 2002/60).

SE PREPARER EN TEMPS DE PAIX, POUR LA GUERRE A VENIR

Les participants des 18 pays présents à la réunion de décembre 2017 ont certes échangés sur la perception et la réalité du rôle des chasseurs dans la détection et le contrôle des maladies. Ils ont surtout été à l’écoute des pays déjà touchés par la PPA :

« La conclusion générale était que ces pays n'avaient aucune connaissance préalable de ce qu'ils devaient préparer et que leur expérience devrait être utilisée par des pays qui ne sont pas encore touchés ».

Monsieur Francesco Berlingieri de la DG Santé de la Commission européenne, a  alors prévenu tous les participants de « se préparer en temps de paix, pour la guerre à venir ». 

Dans l’attente de la production de leur rapport, les participants ont prévu « un renforcement  de la coopération entre les autorités nationales, les services vétérinaires et les chasseurs ;  une nécessaire formation des chasseurs pour que ces derniers puissent prendre des mesures de biosécurité et des échantillons ;  un inventaire des équipements et des infrastructures nécessaires ;  le tout accompagné d’un volet communication car en cas de pic d’épizootie, les chasseurs devront vraisemblablement changer leurs façons de chasser, en adoptant un tir sélectif des femelles, afin de mieux contrôler les populations de sangliers ».

Pour aider les États membres à se préparer, la Commission européenne a récemment publié des lignes directrices « renforcées » sur la surveillance et le contrôle de la peste porcine africaine chez les porcs sauvages et des mesures préventives pour les exploitations porcines.

Sanglier prélevé en Pologne

A LA PRIME D’ABATTAGE POUR ERADIQUER LE SANGLIER

Un plan financier de près de 5 M€ a été alloué dès 2014 pour l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne afin de soutenir les mesures régionales de protection renforcées mais aussi pour compenser les abattages massifs d’élevages des zones affectées et confinées.

Ce qui a autorisé le gouvernement polonais à légiférer  pour permettre à tous les salariés, militaires ou fonctionnaires - titulaires d’un permis de chasse - d’obtenir six jours de congés supplémentaires par an pour traquer le sanglier et de revoir la prime d’abattage à la hausse  - 90 euros pour une laie éviscérée de 30 kg - dans un objectif avoué de résultat !

La République Tchèque a pris l’initiative de clôturer toute une région avant de se résigner à instaurer cette même prime d’abattage (07.2017), et dernièrement certaines régions d’ Allemagne ont levé les périodes d’interdiction de chasse et instauré une prime de 50€ par bête abattue (02.2018), dans une logique d’éradication du sanglier.

La France se prépare également à l’arrivée de cette épizootie  de peste porcine africaine ; la FNC  a adressé ce 6 mars 2018 une circulaire à toutes les fédérations départementales de chasseurs les informant de l’évolution de la situation sanitaire et conseillant aux chasseurs « de ne plus ramener de trophées » lors de retours de voyages de chasse en Europe de l’Est.

Parallèlement, l’UE  a alloué un montant substantiel de fonds pour la recherche sur les vaccins pour la peste porcine africaine, mais les résultats se font attendre.

Le  budget de l’UE pour la prévention et l’éradication de cette maladie est nouvellement apprécié à hauteur de 48.2 millions d’euros pour la période 2013-2018.

Depuis, la commission Européenne multiplie les mesures nécessaires pour tenter d’empêcher la propagation de ce virus à l’ensemble de l’Europe. Elle applique toutes les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), dialogue constamment avec ses partenaires commerciaux  bilatéralement et via l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ; il y va des enjeux de santé publique et de commerce international des denrées animales.

Parmi les causes de la transmission du virus, il y a bien sur le contact direct entre les animaux malades et ceux en bonne santé; il y a également les causes indirectes liées à la consommation de viandes infectées par ces mêmes animaux et les vecteurs biologiques  qui le transmettent par les « tiques souples », selon les synthèses mêmes de la commission Européenne.

L'équarrissage joue un rôle essentiel en matière de gestion des risques sanitaires, et pourtant …

 

Sauf à nous méprendre, nous n’avons trouvé aucune remarque, ni référence à l’équarrissage des déchets de venaison  à la lecture des rapports de la commission Européenne, voire même de la FACE.

Le principal règlement européen en la matière, dans sa version actuelle de 2009 (n°1069/2009) laisse les « sous-produits de gibier » générés par les chasseurs majoritairement hors de son champ d’application « dès lors que les chasseurs appliquent de bonnes pratiques cynégétiques ».

« Le présent règlement ne s’applique pas aux sous-produits animaux suivants : […] les cadavres entiers ou les parties de gibier sauvage qui ne sont pas collectés après la mise à mort, dans le respect des bonnes pratiques cynégétiques, sans préjudice du règlement (CE) n°853/2004 »

« Ainsi, les sous-produits animaux issus de la chasse ne rentrent dans aucune catégorie citée ci-dessus et le Règlement (CE) ne prévoit aucune mesure spécifique quant à leur gestion.» Extrait d’une thèse soutenue publiquement le 15.11.2013 par un élève pour obtenir le grade de Docteur Vétérinaire.

C’est peut dire lorsque l’on comptabilise plusieurs millions d’animaux morts chaque année en Europe par la seule pratique de la chasse et que majoritairement les déchets de gibier sont laissés « par tradition et bonnes pratiques cynégétiques » en forêts, autant d’aires d’alimentation pour sangliers nécrophages …

Décidemment, la Commission européenne semble être bien accompagnée dans cette mission de santé publique !

 «  Quand on ne sait pas où l’on va, tous les chemins mènent à nulle part » aurait alors rétorqué un ancien Conseiller à la sécurité nationale, à l’appréciation d’un tel niveau d’intelligence militaire.

 

 

Administrateur Libertychasse.

Lille, le 10.03.2018

 

 

Photographie - TC & LM
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